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Quand le poste exige des déplacements fréquents

Article rédigé par : le .

Pour certains, c’est une opportunité en or que de voyager dans le cadre de son emploi. Pour d’autres, les déplacements fréquents s’avéreront un sérieux inconvénient. Voici comment aborder le sujet en entrevue d’embauche ou à la négociation de l’offre.

L'emploi implique de se déplacer?

 

Une offre d’emploi mentionnant que tu devras voyager à l’international ou te déplacer fréquemment dans la province/au Canada peut causer un fort stress.

Le poste t’intéresse beaucoup, mais tu te demandes :

  • À quel point c’est important pour eux? Est-ce un aspect négociable?
  • Quelles sont les implications exactes du voyagement?
  • Dois-tu postuler quand même?
  • Est-ce qu’ils pourront t’accommoder pour que tu continues de prendre soin de tes enfants et de ta vie conjugale?
  • Dois-tu aborder cet aspect dans ta candidature? Dans l’entretien d’embauche? Lors du dépôt officiel de l’offre?

 

Voilà un tas de questions que je couvrirai dans cet article, et bien plus encore!

 

 

 

Pour l’employeur aussi

Ta disponibilité et ton engouement pour effectuer ces déplacements fréquents sont des considérations tout aussi importantes pour l’employeur, sans quoi il n’en aurait pas fait mention dans les exigences liées au poste.

Mais à quel point?

 

 

Y a-t-il un pourcentage indiqué?

Notre premier indice…

Le voyagement dans le cadre du poste sera généralement exprimé en pourcentage sur le descriptif de poste.

Font-ils mention de 10% seulement? Ou de 20%? 25%? 30%? 50%?

Voilà un bon indicateur.

Or, ce dernier n’est peut-être pas suffisamment détaillé pour te permettre de prendre une décision éclairée.

Je te comprends. On demeure dans l’ombre pour l’instant.

 

En déplacement 10% du temps, qu'est-ce que ça veut dire?

En déplacement 10% du temps, qu’est-ce que ça veut dire?

 

En déplacement environ 20% du temps, mais encore...?

En déplacement environ 20% du temps, mais encore…?

 

 

Que signifie ce pourcentage?

Prenons l’exemple du 20% ou du 25%.

Il te faudra éventuellement en valider les modalités :

  • Parlent-ils d’une (1) nuit par semaine à l’extérieur ou d’une (1) semaine complète par mois?
  • Lors d’une semaine à l’extérieur, cela implique-t-il de partir le dimanche soir? Ou le lundi matin?
  • Dois-tu prendre le premier vol à 6h30 AM? Ou sont-ils à l’aise à ce que tu embarques dans celui de 9h30 AM?
  • Et le retour à la maison? Parle-t-on de 17h00? De 21h00? Ou de minuit?
  • Toutes les semaines de l’année (ou fins de semaine)? Seulement quelques-unes?

 

Parce que tous ces aspects auront un impact énorme sur ta vie familiale!

Sans compter ton humeur! Partir de la maison à 4h00 du matin, disons que ce n’est pas fait pour tout le monde!

Tu voudras bientôt te pencher sur les modalités dans les moindres détails en prenant soin de creuser plus loin pendant le processus d’embauche.

 

 

 

Faut-il les appeler pour en savoir plus?

Non, pas nécessairement.

En fait, c’est un effort en vain.

« Eee…pourquoi? N’était-ce pas une économie de temps de le savoir le plus tôt possible? », te demandes-tu.

Excellente question.

Rappelle-toi qu’ils ne te diront pas aussi tôt dans le processus jusqu’à quel point ce pourcentage est négociable.

Le service des ressources humaines pourrait te le présenter comme étant indiscutable, alors que ce sera un point tout-à-fait discutable auprès du gestionnaire.

Tu seras alors passé à côté d’un poste qui était parfait pour toi. Dommage!

Donc, sois plus patient.

Ton pouvoir de négociation est actuellement nul. Tu ne t’es pas encore qualifié sur papier ni démontré tes compétences en personne.

Si tu n’es pas freiné par le pourcentage en tant que tel, et que tu te poses simplement des questions sur sa répartition, je t’invite à postuler quand même et à conserver ce point de discussion pour plus tard.

Tout simplement.

Tu auras l’occasion d’adresser tes questions au bon moment. Ne t’inquiètes pas à outrance avec les déplacements fréquents auxquels ils font référence.

En postulant, ton objectif est d’obtenir l’entrevue.

 

 

Sois honnête envers toi-même

Si tu sais déjà que l’idée de ne pas dormir dans ton lit le soir te cause de l’angoisse, voire un profond dégoût, cela n’aura pas changé dans quelques semaines d’ici, soit une fois que tu auras obtenu le poste.

Tu te retrouveras alors dans une situation bien misérable à tes yeux.

Dans ces conditions, ne va pas plus loin.

Retiens-toi de postuler pour rien.

Épargne-toi du temps et du stress.

En plus, tu éviteras de dégager un manque sérieux de professionnalisme.

Rassure-toi, je suis convaincu que tu repèreras bien d’autres postes intéressants qui n’exigeront pas de faire de tels compromis sur tes désirs.

C’est ta responsabilité d’être honnête envers toi-même et donc, avec l’employeur à ce sujet.

Une évidence certes. Or, il est essentiel que je te le rappelle pour alimenter ta réflexion.

 

 

Tous les postes contiennent des déplacements

Ce ne sera pas digne de mention sur l’offre d’emploi.

Attends-toi cependant à ce que même les offres d’emploi qui ne l’indiquent pas impliquent de devoir te déplacer.

Par exemple, une formation à l’extérieur des locaux de l’entreprise ou une retraite annuelle éloignée pour les cadres supérieurs qui peut durer une fin de semaine entière.

Bref, à peu près tous les postes contiennent des déplacements à l’occasion auxquels tu devras te soumettre.

 

 

 

À l’entrevue d’embauche

Voilà que tu récolteras d’entrée de jeu d’autres indices importants…

S’ils te questionnent au sujet des déplacements fréquents, c’est que cela comporte un minimum d’importance.

Ils ne te questionnent pas là-dessus? Peu ou pas important.

C’est leur responsabilité de te le demander.

Ce n’est pas à toi de lancer le sujet.

Es-tu surpris?

L’explication derrière cette stratégie étonnante (…qui consiste à ne pas l’aborder par toi-même) réside dans le fait que les questionner peut semer un doute dans leur esprit.

La question pourrait sous-entendre que c’est un problème pour toi, alors que ce n’en est pas un.

Après tout, tu as posé ta candidature malgré cet élément.

Attention! Ça ne veut pas dire que tu as donné ton accord, du moins pas encore.

Mais cela comporte tout de même une part d’implicite, c’est-à-dire que tu en es conscient et prêt à en discuter.

Je sais…

Tu veux en savoir plus sur les conditions exactes entourant ce voyagement et ce, le plus tôt possible.

Encore ici, sois patient.

Les chercheurs d’emploi sont souvent préoccupés à tort par des choses qui ne sont pas réellement préoccupantes pour l’employeur.

Et ils se tirent dans le pied.

Ne prends pas le risque d’être rejeté du processus alors que le voyagement représente une considération minimale à leurs yeux.

Il y a un bien meilleur moment pour poser tes questions.

Je te dirai bientôt lequel.

Mais juste avant, une précision cruciale…

 

 

« Avez-vous des questions pour nous? »

La question finale de l’entretien d’embauche « Avez-vous des questions pour nous? » ne représente pas non plus l’ouverture que tu recherches pour aborder les déplacements fréquents.

Elle n’est jamais indiquée pour traiter du salaire, des avantages sociaux et des conditions de travail.

D’autant plus que tu gaspilleras l’occasion de poser des questions infiniment plus pertinentes quant aux défis, aux stratégies, à la vision et à l’équipe.

 

 

Aimer le voyage vs. tolérer le voyage

Dire que tu es disponible pour voyager, c’est une chose.

Mais révéler que cela te rend enthousiaste, c’est l’autre niveau.

Tu seras plus convaincant lors de l’entrevue en disant que tu adores le fait que cet emploi te fera découvrir de nouveaux horizons, plutôt que d’indiquer simplement que tu peux vivre avec le voyagement.

Ainsi, profites-en pour gagner des points facilement encaissables!

 

 

 

Le moment idéal

Bon OK, j’arrête de tourner autour du pot. Quel est le moment idéal pour poser tes questions?

C’est quand ils déposent l’offre.

Pas avant.

Tu veux t’offrir du contrôle.

Ils ne pourront pas reculer, mais toi oui.

Tu auras dès lors l’immense privilège de négocier tes conditions, s’il y a lieu.

Comme mentionné, c’est mal vu de le faire à l’entrevue.

 

 

Compensations et accommodements

Il est bien normal d’avoir des restrictions et de poser ses conditions.

Cela n’implique habituellement pas un refus. Mais bien sûr, évite d’afficher une attitude trop catégorique.

Ouvre-toi plutôt à la discussion.

Quoi négocier au juste?

Le dépôt de l’offre te permettra de traiter de compensations supplémentaires pour tes déplacements et sur les manières dont ils devront t’accommoder.

Par exemple, tu pourras réclamer une prime d’éloignement ou un per diem.

Tu pourras également leur demander s’il est possible de prendre l’avion vers Toronto qui décolle une heure plus tard, car tu dois déposer tes enfants à la garderie et celle-ci n’ouvre pas avant 7h00.

Tu auras la chance de leur parler de la personne à charge qui nécessite ta présence la fin de semaine.

Ne les embête pas avec tes considérations liées à ta vie personnelle pendant l’entrevue. Ce médium sert uniquement à démontrer tes compétences, à prouver que tu mérites le dépôt d’une offre.

Tu parleras de ta volonté de compensation supplémentaire et d’accommodements le moment venu, soit quand tu es bel et bien…voulu!

Ils ont choisi le meilleur candidat, pas le candidat parfait. Ce dernier n’existe pas.

Garde en tête que les autres candidats, tes compétiteurs, viennent aussi avec une part de volontés rationnellement justifiables. Tu n’es pas le seul à exiger des concessions. Ils en ont aussi. Assume-les.

 

 

 

Le package vs. un seul élément

Tu prends une décision sur l’ensemble de l’offre, pas juste un élément.

Parfois, on est prêt à faire des concessions majeures pour un emploi qu’on veut vraiment, ainsi que pour obtenir d’autres conditions avantageuses qui supplanteront les désavantages liés au voyagement.

Les déplacements fréquents sont-ils le seul élément à considérer? Et ce, sans égard pour le reste de l’offre? C’est bien ce que je croyais!

Démontre-leur toute l’étendue de ta perspective : cite les éléments qui te plaisent, pas seulement ceux qui te déplaisent.

Et aussi, bien important…

 

 

Ne pose pas des questions concernant seulement le voyage!

Même si l’aspect du voyage est ta considération principale après le dépôt de l’offre, ne le fais pas apparaître comme tel.

Pose un nombre de questions équilibré.

Je te suggère d’inclure des questions sur les autres conditions de travail, celles qui concernent d’autres éléments que les voyages.

L’idée, c’est d’étaler ton intérêt, à ne pas le faire paraître comme unidimensionnel.

Certes, ils sont déjà convaincus, mais un bon vendeur rassure l’acheteur par rapport au choix qu’il vient d’effectuer.

Il n’ira pas tout gâcher d’un seul trait.

Autrement dit, ta vente se poursuit.

Sois intelligent avec les questions choisies.

 

 

 

Tu as le droit de changer d’idée

Tu as postulé, tu t’es rendu en entrevue et donc, communiqué implicitement que tu étais conscient des déplacements fréquents.

Malgré cela, tu n’es pas tenu d’aller plus loin si les conditions entourant les voyages te désenchantent.

Recevoir une offre, c’est flatteur.

Néanmoins, tu dois faire preuve d’intégrité et ne pas sous-estimer les impacts du voyagement sur ta vie personnelle.

Tu pourras demeurer professionnel en refusant une offre, mais il est impossible de conserver ton professionnalisme en démissionnant dans un mois à cause de cet aspect précis.

Tu endommageras sérieusement ta réputation dans le milieu.

Les recruteurs de ton industrie se connaissent, et se parlent.

 

 

« Doivent-ils préciser les conditions du voyagement dans le contrat? »

Idéalement, oui.

Lorsque c’est précisé à l’écrit, cela devient une munition additionnelle dans l’éventualité où une modification substantielle de tes conditions de travail survient dans le futur.

Quelles précisions?

Pense à ce dont je t’ai déjà parlé, c’est-à-dire la répartition du pourcentage, le moment exact du départ à l’extérieur, l’heure du retour et tout accommodement qu’ils ont décidé de t’offrir.

 

 

 

Modification substantielle des conditions de travail (quand mon boss me demande soudainement d’aller sur la route)

Déjà à l’emploi? Ton patron t’exige de voyager du jour au lendemain? Sans avertissement préalable?

C’est malheureux. Je comprends ton désarroi.

Disons qu’il s’agit d’une autre histoire : il serait difficile de couvrir sous tous ses angles dans le cadre de cet article.

Je te conseille d’évaluer si…

  • Cet emploi vaut la peine de t’y acharner?
  • Le voyage présente des occasions de te faire voir ailleurs dans l’entreprise et auprès de ses clients?
  • Quitter est la seule solution?
  • Tu as adressé adéquatement la situation avec ton superviseur?
  • Des recours légaux doivent être envisagés pour congédiement déguisé?

 

Le cas échéant, tu devras possiblement consulter un avocat en droit du travail.

Mais attention, ce qu’il ne te dira peut-être pas, c’est qu’une plainte formelle aux Normes du travail est fortement susceptible d’anéantir tes efforts passés dans l’entreprise, tes réalisations, ta relation avec l’employeur et ta réputation.

Pas à prendre à la légère!

Pour cette raison, il vaut parfois mieux laisser son ego de côté et passer au prochain appel.

 

 

Conclusion

Ne te discrimine pas toi-même (t’autoéliminer), à moins de savoir d’entrée de jeu que le voyage, ce n’est vraiment pas fait pour toi.

S’il y a une possibilité que tu prennes l’emploi, pose ta candidature.

Ensuite, affiche une patience inébranlable.

Attends le bon moment pour aborder toutes tes questions à propos des déplacements.

Le bon moment est lorsque tu reçois l’offre officielle.

Tu jouiras d’un pouvoir de négociation accru. Force-les à faire des concessions.

La phrase « Pas de problème, on va retirer ce point de l’offre!» est utilisée beaucoup plus souvent que tu ne t’imagines. Si tu es voulu, tu seras étonné de constater jusqu’où ils peuvent aller pour te signer! 😉

 

 

 

Source

Article inspiré en partie par le balado « Answering Questions About Travel In Interviews » de Managers Tools.

 

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